TSL#9 : My London by...        Robert PIRES

 

C’est entouré de sa petite famille, terminant à peine de déjeuner dans son repère du Café Base à Hampstead, que Robert Pirès nous attend. Pause thé et premiers souvenirs sur les années gunners, ces grandes saisons à Highbury. L’interview n’a pas commencé, mais le plaisir de parler de Londres et d’Arsenal l’emporte. Le reste de l’entretien se déroulera dans le nouvel appartement des Pirès, à quelques minutes de là. A votre tour, entrez dans la nouvelle vie d’un champion du monde, (presque) retraité encore vert...

Par Darren Tulett // Photos : TSL

Darren Tulett : Tu aurais pu choisir l’Espagne et son climat, mais tu as choisi Londres comme lieu de vie après ta carrière. Pourquoi ce choix?
Robert Pirès : Déjà pour les enfants. Le fait qu’ils aillent dans une école anglaise, c’est une chance pour eux de pouvoir apprendre cette langue, naturellement. Ma fille a 6 ans, elle parle déjà très bien espagnol et couramment anglais. Comme à la maison nous parlons français, elle est déjà trilingue. Mon fils de 4 ans parle également anglais et suit des cours dans les deux langues.

 

DT : C’est important pour l’éducation de tes enfants?
RP : En Angleterre, je retrouve également certaines valeurs importantes. Parmi celles-ci, le respect est une priorité. Respecter son voisin. Ici, on respecte les piétons. Quand tu es au volant c’est la même chose, pas de stress. Tu évolues dans un environnement serein. C’est important pour l’équilibre. C’est peut-être des détails, mais c’est agréable...

 

DT : Maintenant que tu es jeune retraité ou presque, tu as l’impression d’apprécier plus la vie maintenant, de profiter davantage de Londres que lorsque tu étais joueur?
RP : Sincèrement non. J’en profite autant qu’à l’époque où je jouais à Arsenal. Je suis toujours actif dans la ville, en dehors des matches. Elle bouge tellement, le jour, la nuit. Les magasins sont ouverts le dimanche. Tu peux toujours trouver quelque chose à faire. C’est vrai que maintenant j’ai encore plus de temps pour en profiter.

 

DT : Oui, mais tu sais aussi qu’avec certains joueurs, ce n’est pas la peine de leur demander de te faire visiter Londres! Ils ne sortent pas assez et vivent près du centre d’entraînement. Ce n’est pas ton cas?
RP : Non et je peux même dire que je connais bien Londres. Enfin une bonne partie de la ville. Le Nord de Londres et jusqu’au centre. Ne me demande pas d’aller dans le sud-ouest, je connais forcément moins bien. Encore que, à l’époque je rendais souvent visite à Nico (1). quand il jouait à Chelsea.

 

DT : Où vivais-tu as tes débuts à Londres?
RP : A Baker Street.

 

DT : Pour Sherlock Holmes...?
RP :  Non (rire)... Je voulais être dans le centre. Bon, après on s’aperçoit vite que la vie est chère, que les loyers sont élevés. Et tu migres assez facilement vers le nord. C’est Titi (3) qui m’a conseillé ce quartier. Depuis 2002, je vis donc à Hampstead.

 

DT : Un quartier que les français ne connaissent pas vraiment. Assez méconnu même... Tu ne penses pas à venir ici quand tu visites Londres.
RP : C’est un quartier très sympa. Mais les touristes ne viennent pas ici. Ils visitent le centre, quelques quartiers réputés. Aller chez Harrod’s, visiter Notting Hill, Camden, Soho... c’est normal.

 

DT : Quels sont les avantages de vivre à Hampstead alors?
RP : C’est super tranquille justement. Et quand tu es un peu connu, tu passes inaperçu. C’est aussi très pratique, car nous sommes proches du centre. Pour un joueur d’Arsenal c’est vraiment idéal. A mi-chemin entre le camp d’entraînement et le centre de Londres. On voit la différence avec ceux qui vivent vraiment à côté du centre d’entraînement. Quand on décide de prendre un verre le soir, ils ont du mal à bouger. Ils te disent non ça fait un peu trop loin!

 

DT : Pas mal de footballeurs français vivent ici d’ailleurs. Comme Thierry Henry dont tu parlais justement. Quels sont les autres joueurs?
RP : Titi vivait ici. Comme pas mal de français, mais pas seulement. William Gallas est installé tout proche d’ici, comme Robin Van Persie. Cesc Fabregas ou Samir habitaient également là. Adebayor habite à 3 minutes d’ici. C’est un quartier qui a beaucoup de charme! A mon époque, il y avait un paquet de joueurs ici. Titi, Pat (3), Jens Lehmann, Freddie Ljungberg...

 

DT : Et pour vous, ce qui est important justement, c’est de pouvoir être libres. A la différence de certains pays et d’autres capitales, Londres vous permet de vivre normalement. C’est appréciable non?
RP : Après, ça ne me dérange pas. En France, en Italie ou en Espagne c’est dans la culture des supporters de venir vers toi, discuter, prendre des photos. Mais ici, c’est complétement différent.

 

DT : Comment les gens se comportent ici?
RP : Les supporters sont fiers. Ils te remercient, te félicitent. Il y a une certaine reconnaissance du travail accompli en match. Ce qui est fou, c’est le genre d’anecdotes auxquelles tu ne t’attendrais jamais! Je me souviens après une grosse défaite face à Manchester United, avoir entendu un supporter me dire «c’est pas grave. Le match important maintenant, c’est le prochain». Et le match suivant on battait West Ham United 3 - 0, pour le plus grand bonheur des fans!


DT : On m’a souvent dit, que les supporters se contentaient aussi d’un simple MERCI, lorsqu’ils croisent leurs joueurs dans la rue par exemple. Tu apprécies cette reconnaissance et ce respect?
RP : En Espagne aussi il y a cette forme de reconnaissance. Mais ici c’est plus discret encore. Les gens aiment le foot et te respectent pour ça. Ils ne vont pas chercher à t’envahir. C’est effectivement appréciable.

QUAND NOS AMIS VIENNENT A LONDRES, ON VA FORCEMENT AU MATCH A ARSENAL.

 

DT : Dans TSL, nous donnons également des conseils, des tips (4) à nos lecteurs. Quels sont les endroits que tu recommanderais?
RP : Notting Hill! Oui Notting Hill, parce que c’est vraiment très agréable et généralement nos amis apprécient. Mais Hampstead est aussi très prisé finalement. Et puis, c’est moins original, mais faut bien dire que Highbury ou l’Emirates sont souvent un objectif pour nos visiteurs! Donc, nous n’échappons généralement pas au match à Arsenal dans le programme des visites (rire). Le truc, c’est que mes potes veulent tous voir Arsenal. Ce club mythique, son stade. Rencontrer des joueurs, croiser Arsène Wenger. Et tout le monde sait que j’ai plutôt de bonnes ouvertures (rire). Généralement, c’est le lendemain du match, que nous profitons d’un dimanche à Porto Bello Road par exemple.

 

DT : Le «Robert Pirès Arsenal Tour» c’est un peu le concept de TSL finalement! Le match est un prétexte à faire découvrir Londres autrement. Si on souhaite prendre un bon brunch au lendemain d’un match par exemple, que nous recommandes-tu?
RP : Sans hésitation l’Electric à Porto Bello Road. A faire. Vraiment! En plus d’être le plus ancien cinéma de Notting Hill, c’est un endroit très agréable. Pour les cinémas justement, il faut vraiment essayer les salles Everyman. Il y en a une à Hamstead, mais également à Baker street ou Belsize park etc. Les fauteuils, les canapés même, sont tellement confortables qu’il faut quand même faire attention à ne pas s’endormir! Depuis quelques temps, je fréquente également The Arts Club, qui est un club à l’anglaise, fonctionnant sur le principe d’un membership et de parrainages. C’est vraiment un lieu exceptionnel, mais uniquement accessible aux membres. Nous avons croisé les Beckham, le prince Harry par exemple. La partie club est assez petite, mais ce sont des artistes qui jouent en live et le niveau des groupes est vraiment très élevé. Globalement, seule Londres peut t’offrir ces moments privilégiés. Cette ville est chargée d’une telle énergie et pourtant tu te sens toujours bien. Serein. Jamais stressé. Il y a des parcs un peu partout. Je ne sais pas comment expliquer... On vit tellement bien ici, que c’est difficile à décrire!

 

DT : Une qualité de vie qui contraste avec d’autres capitales comme Paris par exemple?
RP : Le contraste est saisissant dès la gare. Entre St Pancras et la gare du Nord, il n’y a pas débat. Dans l’une, tu pourrais presque manger par terre, tandis que dans l’autre...

 

DT : C’est tellement vrai! En tant qu’anglais, je suis fier de ça quand j’arrive à Londres avec des amis. Mais comme je me sens aussi très français, j’avoue que c’est plus difficile de déjeuner avec un ami gare du Nord. Une différence symbolique selon toi?
RP : C’est une différence notable oui! Et qui en dit long sur l’écart entre les deux capitales. Pour nous la question ne se pose même pas.

 

DT : London, c’est pour la vie alors?
RP : On vient d’emménager dans ce nouvel appartement. Et nous avons envie de faire notre vie ici. Peut-être que dans quelques années, nous irons vivre dans un pays plus chaud. Pour nos vieux jours! Mais nous sommes trop bien ici. Et même les vieux clichés comme «il pleut tous les jours» ou «tu manges mal à Londres», ça me fait rire. Il ne fait pas plus mauvais ici qu’à Paris et la qualité de vie y est tellement meilleure. Je ne nous vois pas vivre ailleurs. Ici personne ne te juge, ne s’étonne de rien. Tu vis comme tu l’entends. C’est un vrai luxe au quotidien!

 

DT : Et le Café Base alors? Ton repère...
RP : Ah le Base! C’est Pat qui me l’a fait découvrir en 2002. C’est ma cantine. Petit, bonne cuisine. On connait bien l’équipe et je m’y trouve bien. C’est mon capitaine Vieira qui m’a fait découvrir le lieu. A présent, c’est Mary et Laurent qui s’occupent de nous accueillir. J’y fais pas mal d’interviews aussi. C’est pratique! C’est ma cantine, mon bureau.

DT : Finalement tu reviens sur tes terres de gunner ici. Un peu comme lorsque tu décides d’acheter un appartement à Highbury. Un clin d’oeil à ce stade mythique qui a connu tes plus beaux exploits ?
RP : Ouais...(ému) C’est un clin d’oeil à tout ce qui s’est passé dans ce stade... A nos exploits... Et au record aussi... Je voulais garder un petit attachement à mes 6 années passées là-bas, qui m’ont révélé au plus haut niveau. J’ai voulu marquer le coup en achetant cet appartement (nous montrons TSL #8 avec la photo du stade et la façade des appartements page 40). Oui c’est exactement ça. Il se trouve là, juste au-dessus du E de East  Stand C’était vraiment un clin d’oeil.

 

DT : Ce n’est pas trop dur de revoir le stade ainsi réaménagé?
RP : A c’est chaud oui! Quand je suis revenu la première fois voir l’appartement... C’est assez émouvant. Tu repenses à tous ces grands moments. C’est terrible là. Il est où le terrain? Les buts? Je croise souvent des supporters qui te racontent leurs anecdotes, les souvenirs qu’ils ont dans ce stade. Lors d’un reportage télé dans le jardin d’Highbury, j’ai croisé un fan  qui était triste de voir le stade ainsi transformé... Il n’arrivait pas à croire ce qu’était devenu Highbury! Il faut sans doute avoir partagé ces moments pour comprendre.

 

DT : J’ai aussi ces souvenirs de jeune supporter, derrière le but à Highbury. C’est vrai que ce stade est chargé d’histoire. Mais il y a aussi une nécessité d’évolution pour les clubs. Et Arsenal a pris le virage avant les autres avec l’Emirates.
RP : Le nouveau stade est immense. C’est une telle réussite! Les gens viennent du monde entier pour le visiter, même vide. C’est fou! En 20 ans, le football a connu une telle évolution! La place de ce sport sur la planète est incroyable. Les sponsors, les télé, les supporters... C’est devenu un énorme business.

 

DT : Et à Londres justement?
RP : Ici? Encore une fois c’est exceptionnel. Il y a tellement de clubs dans une seule ville. Ils ont tous des supporters fidèles, prêts à suivre, quel que soit le niveau.Tu m’arrêtes si je me trompe, mais les fans ici vivent avant tout pour leur club, leurs joueurs. Mais plus encore pour leur club, son histoire, ses couleurs.

 

DT : Ne crois-tu pas qu’il faut aussi des passages plus difficiles pour un club dans sa relation avec les supporters? Comment apprécier les bonnes périodes si de temps en temps les saisons ne sont pas un peu plus difficiles?
RP : Quoi qu’il arrive, le supporter anglais restera fidèle à ses couleurs.

JOUER POUR UN AUTRE CLUB DE LONDRES? INCONCEVABLE!

DT : Et les gunners ont été particulièrement gâtés, alors que je me souviens d’années bien moins glorieuses pour ce club. Il faut aussi pouvoir râler après ses joueurs, pour en savourer les exploits ensuite. Un club a besoin de connaître de tels cycles. Tu ne penses-pas que c’est aussi le cas pour Arsenal?
RP : Je ne sais pas s’ils ont été gâtés. Mais nous avons connu tellement de trucs, que les renouveler encore et toujours, c’est difficile. On essaie aussi de se mettre à la place des fans parfois, mais c’est vrai que revivre une période comme celle des invicibles (5)...

 

DT : C’est la référence de tes années Arsenal?
RP : Il ne pouvait rien nous arriver à cette époque! Si l’arbitre ce jour là, Monsieur Riley, ne siffle pas un pénalty imaginaire... C’est pas 49! Il n’y a que Manchester qui pouvait nous battre. Et on aurait du faire le nul. Après, qui peut dire jusqu’où nous serions allés? Très loin ça c’est certain!

 

DT : C’est Wayne Rooney qui provoque ce pénalty?
RP : Oui, qui plonge! Ah, 49... Mais avec Ferguson, il a bien su se rattraper depuis Rooney.

 

DT : As-tu envisagé de jouer un jour pour un autre club de Londres?
RP : Compte tenu de ce que j’ai connu à Arsenal, ce n’est même pas envisageable! C’est impossible et surtout pas à Tottenham par exemple! Et même à Chelsea, Fulham ou QPR... Je ne vois pas comment j’aurais pu jouer là-bas. C’est inconcevable.

 

DT : Mais lors de ta saison à Aston Villa, tu vivais... à Londres!
RP : Oui, c’est le club qui m’a proposé de vivre ainsi. Je mettais 1h45 le matin et idem au retour, avec un chauffeur du club. Nous étions 3 ou 4 joueurs à faire la navette tous les jours. En train ou en voiture.

 

DT : Compliqué à gérer tout ça non?
RP : Quand le nouvel entraîneur est arrivé, il a d’ailleurs imposé aux joueurs de vivre à Birmingham.

 

DT : C’est aussi un mode de fonctionnement qui te correspond moins?
RP : Pour moi, comme pour Pat ou les gars de cette génération d’Arsenal, il est impossible d’envisager travailler avec un autre club londonien. Nous ne pouvons pas avoir partagé tant de choses, puis porter les couleurs du rival, voire de l’ennemi. Pour des joueurs comme William, c’est différent. Il n’a pas connu de choses aussi fortes et le lien avec les supporters est forcément différent. Arsenal possède une image vraiment forte. A l’occasion d’un récent voyage en Indonésie, j’ai encore pu m’en apercevoir. C’est fou!

 

DT : Et le come back de ton ami Thierry Henry?
RP : Ah mais ça c’est Titi. Il n’y a que lui qui pouvait faire ça. J’en étais certain. Et pour Arsenal, les fans, Arsène... c’était vraiment fantastique!

 

DT : C’est clair que si tu écris un tel scénario avant, personne ne te croit jamais. Ce retour, c’était génial!
RP : Il a toujours fait la différence.  Et là encore c’était évident. Il n’a probablement plus ses jambes de 20 ans, mais dans les 30 derniers mètres il est encore là. Avec l’expérience il sait gérer ses efforts et toujours bien se placer. Il joue sur ses qualités. Et là il est rentré tranquillement chez lui, à New York. Super content de son retour. Il n’y a que lui... C’est aussi ça la légende des gunners!

 

 

 

(1) Nicolas Anelka vivait près de Wimbledon (Sud Ouest londonien)
(2) Thierry Henry
(3) Patrick Vieira
(4) conseils
(5) Champions et invaincus durant toute la saison 2003/04, puis une partie de 2004/05, Robert Pirès et ses coéquipiers héritent du surnom d’invicibles, avec un total de 49 rencontres consécutives sans défaite. Ces gunners là, seront battus par Manchester United 2 - 0 (avec notamment un pénalty largement contestable)

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